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Venezuela: Les tepuys et l’ascension du Roraima.

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Allez hop, j’attaque une petite série de deux articles sur mon séjour de deux semaines au Venezuela, c’était six mois avant que je ne parte faire mon tour du monde. C’est d’ailleurs ce voyage qui m’a incité à sauter le pas. Dans ce premier article je te parle du trek qui m’a mené au sommet du Roraima et à la découverte du monde mystérieux des tepuys: Les hauts plateaux vénézuéliens.

Pour commencer je te pose le contexte: Nous sommes en décembre 2016, j’ai une grosse envie de voyage et d’aventure, une idée de tour du monde a germé dans ma tête, mais je ne suis pas certain de vraiment le vouloir, j’hésite, j’ai peur… La question principale qui me taraude est: Est ce que je pourrais voyager avec un sac sur le dos et avec un confort plus que sommaire pendant un an?

Je sélectionne alors un peu au pif un voyage de type « aventure / trek / sportif » via une agence spécialisée dans ce genre de séjours. Je choisis un séjour de deux semaines au Venezuela, au programme un trek de six jours, nuits sous la tente et dans un hamac, exploration de la forêt tropicale et de la mangrove, bref niveau aventure on est bien, et en plus le départ est dans un mois et demi.

Mois de février. Me voilà arrivé au Venezuela à l’aéroport de Caracas, je suis avec mes nouveaux camarades d’aventure, rencontrés à l’aéroport de Paris, avec qui je vais passer ces quinze jours: Olivier, Sophie, Laure et Diane. Nous rencontrons notre guide Nelson, qui nous propose de changer un peu d’argent en devise locale: Le Bolivar. Pour cela il nous laisse le choix entre le taux de change officiel ou celui « un peu moins officiel ». Nous choisissons la deuxième solution pour avoir un taux plus intéressant… Quelques minutes plus tard nous nous retrouvons au bord de la route dans un véhicule tout terrain avec un mec qui fait penser à un mercenaire comme on en voit dans les film, et qui a avec lui à l’avant des sacs remplient de liasses de billets. Bonjour l’ambiance de contrebande dans la bagnole, j’ai l’impression d’être Pablo Escobar… Quoi qu’il en soit, effectivement il nous fait un taux intéressant : Cent Bolivar pour 1 Euros. Et oui, il faut dire que la situation politico-économique du pays est très difficile, la monnaie ne cesse d’être dévaluer… Bref, nous nous retrouvons avec des grosses liasses de billets de cent Bolivar à ne plus savoir qu’en faire et qui on du mal à rentrer dans nos sacs.

liasse-bolivar-venezuelaUne fois notre pactole en poche nous retournons à l’aéroport pour prendre un vol intérieur pour Puerto Ordaz. Arrivés à destination nous passons une nuit dans un hôtel de luxe selon les critères Vénézuéliens. Le lieu est franchement pas mal, mais on sent bien qu’il est laissé à l’abandon, que la maintenance est mise de coté et qu’il est en train, petit à petit, de tomber en décrépitude. Toutefois, il y a une piscine, une superbe vue sur le fleuve Orénoque et aussi des petits singes qui se baladent dans la cour.

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Direction la gran sabana.

Le lendemain matin, départ pour six heures de route en 4X4 jusqu’au village Amérindien de Araimatepuy. Sur place le chef du village nous fait faire une visite. Nous découvrons le petit village, la culture du manioc et comment transformer celui qui est toxique pour qu’il soit comestible, car il en existe deux sortes.

Je vois aussi pour la première fois en vrai, des fourmis coupe feuilles que j’avais vu dans des reportages à la télévision. Ces petites bêtes, bien plus grosses que nos fourmis Européennes, marchent en file indienne avec des gros morceaux de feuilles dans leurs mandibules. Mais ce n’est pas pour s’en nourrir, en fait elles cultivent un champignon dessus qui lui, par contre, leur sert de nourriture.

fourmis-coupe-feuilleIci la salle de bain c’est le bord de la rivière! Le confort est sommaire et nous passons la nuit dehors dans un hamac, mais sous un toit au cas où il pleuvrait. C’est une grande première pour moi, verdict: J’ai passé une bonne nuit, le hamac c’est pas si mal que ça.

DSC_0028Le lendemain, nous partons faire une petite rando pour voir la cascade de Chinak meru aussi appelée Gran Salto de Aponwao. Avant de l’admirer, nous arrivons dans un petit village perdu au milieu de la grande savane (gran sabana). Bon ce n’est pas une savane comme en Afrique avec des Lion, des girafes et tout le reste, c’est une plaine avec peu de relief et quelques arbres par-ci par-là, Quoi que cette partie et quand même assez boisée du fait d’être à coté du fleuve… Bref, au village nous embarquons avec une guide locale dans une pirogue à moteur. Après une quinzaine de minutes nous débarquons et nous faisons une petite randonnée jusqu’à la cascade en découvrant au passage la flore locale.

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la cascade est gigantesque, l’eau se jette d’une hauteur de cent dix mètres pour finir en contrebas dans un vacarme assourdissant et un nuage d’embruns.

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Non loin de la chute d’eau, nous baignons dans une vasque naturelle au pied d’une petite paroi rocheuse, dissimulée au milieu de la végétation et alimentée par une petite cascade. L’eau est fraîche mais il serait dommage de rater une baignade dans ce petit coin de paradis.

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La randonnée terminée nous reprenons la route et nous dirigeons à présent vers le village de Paraitepuy qui marque le point de départ du trek du Roraima. Une bonne partie de la route se fait sur une piste défoncées et qui par endroits s’avère difficilement praticable même en véhicule tout terrain. Ça secoue, ça saute, on est ballottés et secoués dans tous les sens comme une boule de flipper. C’est officiel le 4X4 j’en ai marre!

Enfin arrivés au village nous prenons possession de nos petites chambres au confort spartiate et faisons connaissance, pendant le repas, des porteurs qui nous accompagnerons tout le long du trek.

Le trek du Roraima.

Nous y voilà, c’est le matin, après le petit déjeuner nous chargeons nos sacs sur le dos et partons pour une marche de quatre heures dans la gran sabana. Fini la voiture pour quelques jours, ouf! Nos porteurs sont chargés comme des mules, ils transportent toutes la nourriture, de quoi la préparer, nos tentes et même une lunette de wc…

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Nous nous arrêtons dans une sorte de « mini bourg » perdu au milieu de la savane, où quatre maisonnettes se battent en duel, pour passer la nuit. Nous croisons ici un couple de japonais qui reviennent du Roraima, ils sont habillés de façons un peu loufoque, en tout cas pour la région et le climat. Ils portent des gants, des manches longues et même des fins filets qui leurs couvrent le visage et le cou. Cet accoutrement saugrenu a en fait pour vocation de les protéger contre le « puri puri ».

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Le puri puri c’est quoi?

Le puri puri est un minuscule moucherons noir qui pique. Cette petite bestiole est une sorte de commando des forces spéciales du royaume des insectes, il passe partout. C’est une sorte de moustique ninja, tu ne le vois jamais, mais pourtant il pique! Et c’est plus vicieux qu’une piqûre de moustique car si elle apparaît immédiatement sous la forme d’une mini bulle de sang, la morsure de ce petit monstre furtif ne gratte pas tout de suite. La démangeaison se déclare plusieurs heures après la piqûre ou même le jour suivant. Et là, c’est le début de l’enfer. Ça démange fort et longtemps, pendant plusieurs jours. Certaines personnes se grattent jusqu’à s’en arracher la peau. Et bien sûr le répulsif est inefficace contre ce petit démon. Certaines personnes du coin les nommes « plagas », la plaga en Espagnol, c’est la peste… Bref le puri puri est un fléau. Par chance ma peau n’attire pas trop ce genre de parasites, j’ai été piqué, oui, mais bien moins que certains de mes compagnons de voyages.

Après une nuit sous la tente nous repartons pour quatre heures de marche et huit cent mètres de dénivelé. Plus nous avançons plus le Roraima se dessine sous nos yeux à ses cotés se dresse un autre tepuy: le kukenan. Les deux imposantes montagnes tubulaires sans pics qui se dressent vers ciel semble avoir été oubliées là. Ces deux forteresses rocheuses se détachent du paysage qui les entoure, la vue des tepuys n’a rien avoir avec la vue que nous connaissons des chaines de montagnes, qui occupent tout l’horizon lorsqu’on les regarde.

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le Kukenan
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Le Roraima

Au cour de la marche nous devons traverser une large rivière, il n’y a pas de pont. La traversée se fait dans le courant avec de l’eau jusqu’à la taille à l’aide d’une corde tendue entre les deux rives. Les porteurs passent en premier et se positionnent à divers endroits de la corde pour nous aider à traverser, c’est l’aventure. Détail amusant: Nous sommes tous en sous vêtements!

Nous arrivons au camp de base, il est au plus proche de la falaise de Roraima. D’ici nous pouvons voir le chemin que nous emprunterons demain et qui est en fait le seul accès au sommet du Roraima « la rampe ». Une sorte de piste verte accrochée à la parois du tepuy qui monte jusqu’au plateau du géant de pierre.

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On peut voir la rampe qui montent jusqu’au sommet

Le jour suivant nous nous lançons à l’assaut du sommet du Roraima. Une ascension de huit cent mètres de dénivelé sur une courte distance, dont la première partie traverse une forêt tropicale, qui peut s’avérer difficile pour qui n’est pas trop sportif. Entre trois et cinq heures de marche selon les personnes. Pour moi le problème est tout autre, en effet depuis deux jours l’ennemi intime du voyageur me travaille le tube digestif: J’ai chopé la tourista! Et elle ne me lâchera pas jusqu’au retour à Paraitepuy…  Je me gave de medocs et de smecta mais rien n’est efficace, c’est en serrant les fesses que je fais cette ascension en un peu plus de trois heures.

Vu que j’en suis venu à parler de ça, je vais continuer… Tu te demandes peut être pourquoi un de nos porteurs transporte avec lui une lunette de WC? Et bien c’est tout simplement pour faire la grosse commission. On pose la lunette sur trois petit pieds dans une tente dédier à l’opération, et on positionne un sac plastique à usage unique en dessous. Une fois l’affaire faite, on ferme le sac et on le jette dans un sac poubelle, d’où l’expression « l’affaire est dans le sac »… C’est un peu bizarre, mais en fait il n’y a pas plus hygiénique si on y réfléchie. De plus ça permet de ne pas polluer des sites naturels protégés (notamment le site unique du Roraima) avec des bactéries. Bon, ça veut aussi dire qu’il y a un pauvre porteur qui est chargé de transporter le caca de tout le monde pendant six jours, j’espère pour lui qu’il est mieux payé que les autres…

Le sommet: un autre monde.

Nous sommes donc enfin sur le plateau du Roraima et nous y resterons deux jours pour l’explorer. Nous dormons dans un « hôtel ». Rien avoir avec un bâtiment qui accueille et loge les touristes, il n’y a aucune construction humaine là-haut. C’est en fait une cavité dans la roche ou un surplomb où poser sa tente ce qui permet ainsi de se protéger de la pluie, car il pleut souvent en haut du tepuy. Par chance nous n’aurons pas de grosses averses mais juste quelques heures de pluie. Les tepuys ont leur propre météo et surtout ce sont les uniques sources d’eau douce du pays

P1140597Au sommet c’est un autre monde, là-haut tout est différent de ce qu’il y a plus bas le contraste est saisissant. J’ai l’impression d’avoir changé de planète, ici il n’y a pratiquement que de la roche de grès noire façonnée par l’érosion. Alors que vu de loin et d’en bas le sommet a l’air plat, le plateau est en fait un terrain accidenté qui est plein de relief avec sa propre topographie. De tous les cotés il y a des rochers et des monticules de pierres aux formes bizarres et monolithiques.

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On trouve aussi sur le Roraima « la vallée des cristaux » c’est un lieu rempli et recouvert de cristaux de quartz. Malheureusement les plus beaux et les plus gros ont été volés lors des premières expéditions suivant la découverte du tepuy.

DSC_0377Et nous faisons aussi un tour aux « jacuzzis » un endroit avec des vasques, remplies d’eau cristalline qui reflète tout ce qui l’entoure comme un miroir, et qui dans lesquelles ils est possible de se baigner.

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DSC_0392La végétation est uniquement faite d’herbe et de plantes grasses et carnivores, il n’y a pas d’arbres. Notre guide nous déniche aussi une petite grenouille noire, le seul animal que nous croiserons ici. Les plateaux des tepuys étant isolés du reste du monde de par leurs hauteurs et leurs parois verticales, la faune est la flore qui s’y sont développées sont endémiques, on ne trouve la plupart des ces espèces nulle part ailleurs. De plus comme l’exploration de cette partie de l’Amérique latine fût relativement tardive beaucoup d’espèces restent méconnues et peu étudiées.

Le clou du spectacle reste les bords des falaises du Roraima qui offrent une vue superbe sur la vaste gran sabana qui s’étend sur des centaines de kilomètres.

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DSC_0444Au bout de ces deux jours nous redescendons et nous serons de retour à Paraitepuy deux jours plus tard pour reprendre les 4X4 et partir vers de nouvelles aventures!

Un peu d’infos sur le Roraima

Ce sont deux explorateurs Britanniques, Everard im Thurn et Harry Perkins, qui ont explorés pour la première fois le Roraima en 1884 après plusieurs expéditions infructueuses. Son plateau sommitale de 31km² se situe en moyenne à 2600m d’altitude dont un point culminant à 2810m. Le Roraima est une frontière naturelle entre trois pays: le Venezuela, Guyana et le Brésil, il existe d’ailleurs une matérialisation physique du croisement de ces frontières sous la forme d’une petite pyramide: le triple point. C’est le récit des deux explorateurs Britanniques sur le monde à part du Roraima qui inspira Arthur Conan Doyle pour écrire son livre « Le monde perdu ». 

Voilà, c’est terminé pour cette première semaine au Venezuela à la découverte de la région unique des tepuys. J’ai adoré explorer le Roraima c’est un lieu à la fois étrange, magnifique et fascinant à découvrir. Ce trek est vraiment quelque chose à faire. Maintenant direction la forêt et le delta de l’Orénoque.      

 

 

 

 

 

 

 

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3 commentaires sur “Venezuela: Les tepuys et l’ascension du Roraima.

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